Burkina Faso : le pays inaugure sa première raffinerie d’or, Raffinor-BF, un projet de 11 milliards FCFA
Publicité Publicité Burkina Faso : le pays inaugure sa première raffinerie d’or, Raffinor-BF, un projet de 11 milliards FCFA Aissatou Doumbia 16:13 – 28 septembre 2026 Burkina Faso : le pays inaugure sa première raffinerie d’or, Raffinor-BF, un projet de 11 milliards FCFA Le Burkina Faso raffine désormais son or chez lui. Le capitaine Ibrahim Traoré a inauguré ce lundi à Ouagadougou Raffinor-BF, la toute première raffinerie nationale d'or du pays. Publicité Le Burkina Faso vient de franchir un cap. Ce lundi 28 septembre 2026, le président de la Transition, le capitaine Ibrahim Traoré, a officiellement inauguré Raffinor-BF à Ouaga 2000, dans la capitale burkinabè. Présentée comme la première raffinerie nationale d’or, l’usine a coûté plus de 11 milliards de francs CFA et affiche une capacité annoncée de 400 kilogrammes d’or par jour. Près de trois ans après la pose de la première pierre, en novembre 2023, le pays passe ainsi de la promesse à l’outil industriel.
Pendant des décennies, le Burkina Faso s’est imposé comme l’un des grands producteurs d’or d’Afrique de l’Ouest. En 2025, le pays a extrait plus de 94 tonnes du métal jaune, ce qui le place parmi les cinq premiers producteurs d’Afrique subsaharienne.
Mais cette richesse prenait presque entièrement le chemin de l’étranger sous forme brute. Le raffinage, étape qui donne à l’or sa pleine valeur marchande, se faisait ailleurs. Une dépendance qui privait l’économie nationale d’une part importante de la valeur ajoutée.
C’est précisément ce schéma que Raffinor-BF veut casser. Lors de la cérémonie, Ibrahim Traoré a affiché une ambition qui dépasse largement l’or. Le manganèse, le cuivre, le zinc et les autres métaux du sous-sol burkinabè sont aussi concernés. Selon lui, le pays ne veut plus se contenter d’extraire et d’exporter, mais entend maîtriser toute la chaîne de valeur de l’industrie extractive, « jusqu’au dernier détail ». L’or n’est donc qu’un début.
Burkina Faso : le pays inaugure sa première raffinerie d’or, Raffinor-BF, un projet de 11 milliards FCFA/ CHEKIER PHOTO Publicité Publicité 400 kilos par jour et des lingots à 99,99 % Sur le papier, les chiffres donnent le vertige. Avec 400 kilogrammes traités chaque jour, Raffinor-BF pourrait absorber près de 150 tonnes d’or par an, soit bien plus que la production nationale actuelle.
Le directeur général de l’usine, Adama Sawadogo, a apporté des précisions techniques. Les équipements sont modernes, fermés et automatisés, conçus pour une exploitation propre. Surtout, l’usine est modulaire : de nouvelles lignes d’affinage peuvent être ajoutées à côté de celles déjà installées. La première phase offre une capacité théorique de 164 tonnes par an. La seconde doit la porter à 515 tonnes par an.
De quoi laisser entrevoir une ambition régionale, au-delà du seul or burkinabè.
L’objectif affiché est de transformer le doré, cet alliage issu des mines, en lingots titrés à 99,99 %, le standard le plus exigeant du marché. Selon le ministre des Mines, Yacouba Zabré Gouba, la raffinerie a été construite suivant les normes internationales les plus élevées.
Raffinor-BF s’étend sur cinq hectares. Le complexe réunit l’unité de raffinage, un laboratoire d’analyse, une fonderie, des espaces de stockage sécurisé et une bijouterie. On y trouve aussi un bâtiment administratif, un restaurant et un terrain de sport pour le personnel.
Côté financement, les autorités mettent en avant un projet réalisé sur fonds propres. Le directeur général a précisé que les 11 milliards de francs CFA ont été mobilisés par l’État à travers la Société nationale des substances précieuses (SONASP), avec l’appui de partenaires privés.
Burkina Faso : le pays inaugure sa première raffinerie d’or, Raffinor-BF, un projet de 11 milliards FCFA/ CHEKIER PHOTO Publicité Publicité Traçabilité, recettes et lutte contre la fraude Au-delà du symbole, l’enjeu est aussi très concret. Pour le ministre des Mines, s’exprimant au nom du chef de l’État, l’or du pays « doit être transformé, contrôlé, valorisé et certifié au Burkina Faso ».
Yacouba Zabré Gouba attend de la raffinerie plus de richesses et des emplois qualifiés. Il mise aussi sur une meilleure traçabilité de la production et un contrôle renforcé des flux financiers. Le raffinage local doit enfin permettre de lutter plus efficacement contre la fraude, le commerce clandestin et le blanchiment de capitaux. Ces fléaux font perdre chaque année des sommes considérables aux pays producteurs d’or de la région.
Le raffinage sur place doit également permettre d’approvisionner la Banque centrale et de constituer des réserves stratégiques en métal précieux. L’objectif est de renforcer la stabilité financière du pays.
Burkina Faso : le pays inaugure sa première raffinerie d’or, Raffinor-BF, un projet de 11 milliards FCFA/ CHEKIER PHOTO Publicité Publicité Le discours officiel s’est largement tourné vers les jeunes. Ibrahim Traoré les a invités à s’engager pour apprendre tous les maillons de la chaîne de valeur.
Le ministre des Mines est allé dans le même sens. Il veut faire de Raffinor-BF une école de compétences, la preuve que le Burkina Faso n’est pas condamné à rester un simple fournisseur de matières premières. Pour lui, la souveraineté ne se résume pas à posséder une usine. Il faut aussi savoir la faire tourner, l’entretenir, l’améliorer et, demain, en concevoir d’autres.
Une vision qui s’inscrit dans la ligne défendue par les autorités de la Transition depuis 2022 : reprendre la main sur les ressources naturelles et en faire un levier de développement national. Avec Raffinor-BF, Ouagadougou dispose désormais d’un outil à la hauteur de ce discours. Reste à savoir si l’usine tournera à plein régime, et si les retombées promises se feront sentir jusque dans le quotidien des Burkinabè.