Déguerpissement de Koumassi : Ouattara n’a scellé le sort de personne (Par Oupoh Laurent)
Je reprends ma plume pour parler dans le dossier de Koumassi Campement, et pour demander aux prestidigitateurs de distinguer la parole présidentielle, l’enquête judiciaire et les spéculations sur l’issue politique. Car une promesse d’établir les responsabilités n’est pas un verdict et ne constitue pas une annonce de sanction contre une personne déterminée. Surtout, elle ne signifie pas qu’un sort est scellé.
Des verdicts imaginaires ou souhaités ne sauraient être prêtés au chef de l’État, Alassane Ouattara, par des spéculateurs qui prétendent connaître une décision que la République n’a pas annoncée, ni peut-être même encore envisagée.
En réalité, l’affaire de Koumassi Campement offre un terrain propice à cet exercice : transformer une déclaration présidentielle en verdict anticipé, une enquête en scénario déjà écrit et une hypothèse en décision prétendument acquise. Dans le même temps, d’autres entretiennent une campagne médiatique permanente, au risque d’instrumentaliser la détresse et la souffrance des populations à des fins de pression politique. Si le sort du Ministre, Gouverneur était réellement scellé, pourquoi s’évertuer à l’annoncer avant le chef de l’État, au risque de lui brûler la politesse ? En prétendant dévoiler une décision qui n’a pas encore été rendue publique, ces commentateurs et prestidigitateurs ne risquent-ils pas surtout de servir les intérêts qu’ils affirment combattre ?
En effet, le président Alassane Ouattara, qui connaît ce type de méthodes de barbouzes et dont les décisions doivent se révéler par des actes officiels, n’a pas à accorder à quiconque le privilège d’en annoncer la primeur. Il n’a pas davantage à satisfaire les attentes de ceux et de celle (??? ) qui réclament la tête d’un collaborateur avant même que des responsabilités ou des irrégularités aient été définitivement et indiscutablement établies.
Aucun sort n’est scellé par la seule imagination de ceux qui prétendent le savoir
Le 6 août 2026, le chef de l’État a déclaré que les responsabilités seraient établies, que les sanctions prévues par la loi seraient appliquées et que le déguerpissement de Koumassi était illégal. Mais où trouve-t-on, dans cette déclaration présidentielle, ce qui aurait déjà scellé le sort d’une personne déterminée ? Où se trouve cette décision qui s’imposerait à celui-là même qui s’est exprimé en toute liberté, et qui l’obligerait à sanctionner administrativement ou politiquement quiconque en dehors des voies de la justice ? La sorcellerie juridique commence lorsqu’on substitue aux actes vérifiables les intentions que l’on prête aux institutions. Elle prospère lorsque des mots sont isolés et des hypothèses répétées jusqu’à prendre l’apparence de vérités officielles indiscutables.
À ceux et celles qui doutent, comme à ceux et celles qui prétendent tout savoir des arcanes de la République, un conseil : distinguez les faits des suppositions, les déclarations des décisions et les conclusions judiciaires des pronostics politiques ou des prestidigitations. Aucun sort n’est scellé par la seule imagination de ceux qui prétendent le savoir. Et le président de la République n’est pas un scelleur de sorts. Ah, ces nageurs qui croient que personne ne voit leur dos ! Ils courent parfois si vite vers une conclusion qu’ils oublient que l’histoire prend le temps de vérifier les faits.
Enfin, rappelons un point essentiel : selon les éléments avancés dans le débat public, l’action dénoncée par le chef de l’État le 6 août 2026 ne peut pas être automatiquement assimilée aux opérations du District autonome d’Abidjan. L’amalgame dans les commentaires ne saurait tenir lieu de démonstration ni être opposé au président de la République, qui ne jugeait pas l’acte d’une entité de l’État, mais celui d’une personne qui se prévalait d’agir au nom de la justice, en invoquant le sceau de la justice et de l’État, et qui prétendait même bénéficier de la caution directe du chef de l’État à travers la formule consacrée : « En conséquence, le Président de la République de Côte d’Ivoire mande et ordonne à tous huissiers de justice, sur ce requis, de mettre le présent arrêt (ou jugement) à exécution… » Ah oui, Alloui Brou Jérôme avait fait très fort et tout le monde voulait savoir qui était derrière lui. On veut toujours savoir. Si les prestidigitateurs refusent de voir cette séquence, tant pis pour eux.
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