Côte d’Ivoire/ Scandale à la frontière : Pinda-Boroko, la commune créée par décret à Abidjan, morte sur le terrain à Bondoukou, 20 ans de trahison !
Elle a un décret, un sceau de la République, une place sur la carte de la CEI. Mais pas de mairie, pas de maire, pas de budget. Pinda-Boroko, pépite du Gontougo à la frontière ghanéenne, incarne l’arnaque administrative la plus longue de la Côte d’Ivoire moderne. Enquête sur une promesse d’État jamais honorée.
Bondoukou — Le paradoxe est une insulte. Comment une localité peut-elle être à la fois Commune et Sous-Préfecture sur tous les documents officiels de la République — y compris l’annexe du Décret CEI n°2025-775 — et n’être qu’un gros village oublié dans la savane du Zanzan ?
La réponse tient en un chiffre : 20 ans. Vingt ans que le Décret n°2005-314 du 06 octobre 2005 a accouché de 520 communes, dont Pinda-Boroko. Vingt ans que l’Article 19 crée 38 communes à Bondoukou. Vingt ans que rien ne se passe.
2005 : La naissance. 2012 : Le tri. 2025 : Le néant.
Quand l’État supprime 1 126 communes non viables en mars 2012, il épargne Pinda-Boroko. Il la confirme comme chef-lieu. Le message d’Abidjan est clair : Pinda-Boroko est viable. Elle est stratégique. Elle est frontalière.
Mais sur la piste poussiéreuse qui mène au Ghana, la réalité est brutale. Pas de Mairie de Pinda-Boroko comme sur notre image d’espoir. Pas de Centre de Santé digne de ce nom. La population est gérée à distance par Bondoukou-ville, à des heures de route.
Le ton a changé. Ce n’est plus une doléance, c’est une interpellation. Les jeunes de Pinda-Boroko parlent désormais de « discrimination frontalière ».
« Nous sommes les gardiens de la frontière Est. Sans nous, la Côte d’Ivoire s’arrête. Pourquoi nous punit-on ? Le Président a signé, pourquoi l’administration refuse d’exécuter ? » lance un notable, les poings serrés.
Ici, chaque élection est un espoir déçu. Chaque PND (Plan National de Développement) qui parle de décentralisation est une blessure rouverte.
À l’approche des prochaines municipales, les populations de Pinda-Boroko, Kouassi-N’Dawa et Soko — les sœurs oubliées du même décret — posent un ultimatum républicain à l’État ivoirien :
Matérialisez la commune. Donnez-nous notre mairie, notre budget, notre autonomie. Faites de Pinda-Boroko non plus le commun fantôme de la frontière, mais la commune modèle de la frontière, comme le montre la vision moderne de notre illustration.
L’État a créé le droit. Il est temps qu’il crée les faits. Le bonheur de toute une population frontalière en dépend.
Rosemonde Desouza correspondante régionale
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Reported by lessentinelles.info.
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