« J’ai vraiment très mal » : après son exécution ratée, que va devenir Christa Pike, dans le couloir de la mort depuis 30 ans ?
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Elle devait devenir la première femme exécutée dans le Tennessee depuis 1819. Mercredi, elle est devenue la seule personne à avoir jamais survécu à une double injection létale. Christa Pike, condamnée à mort en 1996 pour l’assassinat odieux d’une camarade de classe alors qu’elle avait 18 ans, a été conduite à l’hôpital après l’échec de son exécution, qui s’est déroulée devant de nombreux témoins. Selon son avocat, Randy Spivey, sa cliente de 50 ans, qui attendait depuis 30 ans dans le couloir de la mort, pourrait avoir subi des lésions cérébrales irréversibles. Une crainte partagée par le docteur Joel Zivot, professeur à la faculté de médecine de l’université Emory, qui a déclaré à la BBC avoir été engagé par son équipe juridique en tant qu’expert médical. « Il est fort possible qu’en raison du retard pris dans le début de la réanimation, elle subisse une lésion cérébrale », a-t-il commenté. « On nous a dit qu’elle était dans un état critique et qu’elle recevait des soins vitaux », a précisé son avocat en conférence de presse.
D’après les journalistes présents sur place mercredi, Christa Pike a subi deux injections de pentobarbital, dont chaque dose est censée être mortelle. Avant son exécution, son équipe a tenté de nombreux recours, évoquant notamment une maladie rare du sang de leur cliente qui aurait pu rendre l’injection longue et douloureuse. Et c’est visiblement ce qu’il s’est passé mercredi. Attachée à la table durant une heure, tandis que le personnel médical piquait avec au moins sept aiguilles, elle a déclaré, selon Tori Gessner, journaliste à WKRN : « J’ai l’impression que mon bras va exploser. Un endroit me fait vraiment très mal. » L’équipe juridique de Christa Pike a imputé ce fiasco à « un accès veineux difficile, des veines éclatées, du pentobarbital dégradé, l’absence de soins médicaux d’urgence disponibles lorsque les choses tournent inévitablement mal, le tout dans le cadre d’un protocole qui reste entouré de secret ».
Les avocats affirment notamment que l’une des aiguilles était tordue lorsqu’elle est sortie de son bras. Le supplice a été si long que Christa Pike a tenté d’aider elle-même les bourreaux à accomplir leur tâche. « Cela a pris une heure, malgré le fait que Mme Pike était non seulement coopérative, mais essayait d’aider à indiquer aux personnes qui posaient les cathéters intraveineux où elles pouvaient trouver ses veines », a déclaré Stephen Ferrell des Services de défense fédéraux du Tennessee oriental. « Elle répétait sans cesse : “S’il vous plaît, essayez plus haut sur mon épaule. S’il vous plaît, essayez ici, je pense que ça ira.” »
« Ils ont procédé à deux salves, et elle respirait encore à la fin, mais sa respiration était très saccadée. À un moment donné, elle a levé la tête et a regardé autour d’elle. Elle a dit qu’elle avait une sensation de brûlure et de douleur à un endroit et a demandé si c’était normal », a déclaré Catherine Sweeney, journaliste de WPLN. « J’ai couvert toutes les exécutions de l’année dernière et la plupart de celles de cette année ; nous n’avons rien vu de tel », a-t-elle ajouté. Les journalistes ont aussi décrit les ronflements et les plaintes de la prisonnière, ainsi que ses nombreux coups de pied, qui ont fait tomber les draps qui la recouvraient.
Lors de leurs appels pour suspendre son exécution, les avocats de Christa Pike avaient également mis en avant les nombreux viols et abus subis tout au long de sa vie, raison pour laquelle elle avait demandé à une équipe exclusivement féminine de procéder à son exécution. Son équipe avait expliqué en juin dernier, lors d’un recours auprès de la Cour suprême du Tennessee, que le fait d’être « la seule femme en position vulnérable, entourée d’agents correctionnels masculins pendant les derniers jours de sa vie, déclenchera son syndrome de stress post-traumatique et entraînera une exécution atroce ou une décompensation mentale au point qu’elle sera inapte à être exécutée ».
Jeudi, Stephen Ferrell a une nouvelle fois déclaré que les antécédents d’abus sexuels de Christa Pike ont rendu cette épreuve encore plus horrible. « Sa plus grande crainte, en tant que survivante d’abus sexuels, était d’être immobilisée, palpée, piquée, coupée pendant une période prolongée », a-t-il commenté. La condamnée à mort avait elle-même déclaré en début de semaine : « Je n’ai pas peur de mourir. Je suis seulement nerveuse à propos du processus. »
« Nous ne prenons aucun plaisir à avoir raison, mais les inquiétudes soulevées par Mme Pike se sont avérées fondées : accès veineux difficile, veines éclatées, pentobarbital dégradé, absence de soins médicaux d’urgence disponibles lorsque les choses tournent inévitablement mal, le tout dans le cadre d’un protocole qui reste entouré de secret », a déploré son équipe.
Le gouverneur du Tennessee, Bill Lee, a déclaré dans un communiqué qu’« un examen approfondi mené par un tiers afin de déterminer exactement ce qui s’est passé » a été ordonné et que la seule exécution prévue cette année dans l’État a été reportée. Il n’est toutefois pas question, pour l’instant, de commuer sa peine, comme elle le demandait depuis des années.
Dans un communiqué, Amnesty International, qui lutte contre la peine de mort, a dénoncé cette exécution ratée, la qualifiant de « démonstration extrême de cruauté et un rappel supplémentaire que la peine de mort est le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit ».
C’est la deuxième fois en moins de cinq mois que le Tennessee rate une exécution, Tony Carruthers ayant déjà connu une expérience similaire en mai. Sa sœur a déposé une plainte auprès du département de la santé du Tennessee en juillet contre le médecin qui a tenté d’administrer l’injection létale. Elle affirme que son frère a souffert de douleurs atroces et est resté partiellement paralysé à la suite d’un accident vasculaire cérébral.
L’échec de l’exécution de Christa Pike n’a pas seulement provoqué la colère de ses défenseurs et des militants contre la peine de mort. La mère de Colleen Slemmer, sa victime, qui était dans la salle mercredi et espérait voir la meurtrière être enfin tuée, a partagé sa frustration. « C’était un vrai désastre », a-t-elle déclaré à First Coast News. Elle a ensuite dit avoir demandé ce qu’il allait advenir de Christa Pike et si elle allait retourner en prison. « On ne sait pas ce qu’on va faire d’elle », lui a-t-on répondu. « Je pense que l’État me doit des excuses et que le gouverneur et la Cour suprême devraient se reconcentrer » a continué la mère endeuillée qui « réclame simplement justice ».
Christa Pike a été condamnée lorsqu’elle avait 20 ans pour un meurtre dont les détails sont particulièrement choquants.
Élève pour devenir infirmière, elle a tué sa victime par jalousie après avoir appris que son petit ami, Tadaryl Shipp, obsédé par la sorcellerie et le satanisme, l’avait trompée avec elle. Avec une amie, Shadolla Peterson, elle a mis en place un plan pour piéger sa rivale, la convaincant de se rendre dans les bois. Colleen, son amie et son petit ami ont retrouvé leur victime sur place. Pendant que Shadolla Peterson montait la garde, le couple a torturé Colleen pendant près de 30 minutes, lui tailladant le corps, Tadaryl Shipp laissant sur sa poitrine un pentagramme avant de lui fracasser le crâne.
Le trio a été arrêté rapidement alors que Christa Pike avait dans sa poche un bout de crâne qui n’a été restitué à la famille de la victime que 16 ans plus tard.
Au tribunal lors de l’énoncé du verdict, la juge avait fait savoir à Christa Pike qu’elle serait électrocutée. « Ton corps sera soumis à un choc électrique d’une intensité telle que tu en mourras. Que Dieu te prenne en pitié », a-t-elle expliqué. Trente ans ont passé, le Tennessee a depuis abandonné la chaise électrique, la remplaçant par la « plus humaine » injection létale. Une décision sur laquelle aimerait désormais revenir la sénatrice Marsha Blackburn, candidate républicaine au poste de gouverneure du Tennessee, qui a appelé jeudi à rétablir la chaise électrique pour les exécutions dans cet État. « Bien qu’il faille mener un examen approfondi des événements et des raisons de l’échec du processus, la solution est simple : rétablir la chaise électrique et rendre justice rapidement à ces victimes », a écrit Blackburn sur les réseaux sociaux. « En tant que votre gouverneur, je ferai exactement cela. » Christa Pike, dans ses nombreuses requêtes pour faire commuer sa peine, avait de son côté demandé à être pendue en cas d’exécution, estimant que l’injection létale ne serait pas efficace.
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