Santé en Côte d’Ivoire : Pierre Dimba, réformes, CMU et médicaments, le bilan complet d’un ministre qui veut guérir le système sanitaire
Un scanner immobilisé, un médicament introuvable ou une mère privée de son carnet de santé ne sont jamais de simples incidents administratifs. Derrière chaque dysfonctionnement hospitalier se trouvent des patients, des familles et parfois des vies en danger. Mais juger l’ensemble du système sanitaire ivoirien à travers ses seules défaillances reviendrait aussi à ignorer l’ampleur des investissements et des réformes engagés ces dernières années.
À la tête du ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, Pierre N’Gou Dimba se trouve au centre de cette double exigence : consolider les progrès accomplis et apporter des solutions concrètes aux difficultés persistantes. Avec un budget de 808,99 milliards de FCFA en 2026, plus de 3 450 établissements sanitaires et 24 millions de personnes enrôlées à la CMU selon le bilan d’avril, le chantier est considérable. La question fondamentale demeure celle de la capacité à transformer ces moyens en soins réellement disponibles.
UN BUDGET EN HAUSSE DE 30,5 % POUR ACCÉLÉRER LES RÉFORMES
La santé occupe une place importante dans la programmation budgétaire ivoirienne. Pour 2026, le ministère dispose d’une enveloppe de 808,99 milliards de FCFA, contre 620 milliards en 2024, soit une progression de 188,99 milliards en deux ans. Cette hausse accompagne cinq programmes stratégiques couvrant notamment l’accessibilité aux soins, la lutte contre les maladies, la prévention et le fonctionnement du système sanitaire. Pierre Dimba a également présenté six priorités pour 2026, parmi lesquelles la modernisation hospitalière, les dix pôles régionaux d’excellence, la généralisation de la CMU, la disponibilité des médicaments et la digitalisation.
DES INFRASTRUCTURES EN DÉVELOPPEMENT, MAIS UNE MAINTENANCE À GARANTIR
Le bilan présenté par le gouvernement en avril 2026 fait état de plus de 3 450 établissements sanitaires, dont 2 850 structures de premier contact. Selon les chiffres officiels, 82 % de la population vit désormais à moins de cinq kilomètres d’un centre de santé. Le programme annoncé pour les cinq prochaines années prévoit 2 000 nouvelles structures de proximité, la réhabilitation de 1 000 établissements, quinze hôpitaux généraux et neuf centres hospitaliers régionaux.
À Abobo, le futur CHU de 600 lits illustre l’ampleur des projets en cours. Le 9 septembre 2026, Pierre Dimba y effectuait une visite de suivi. L’avancement global des travaux était alors évalué à 42 %, contre 90 % pour le gros œuvre, avec un objectif de livraison fixé à décembre 2026. Cette démarche témoigne de l’importance du suivi des chantiers, sans préjuger de leur achèvement dans les délais annoncés.
La question de la maintenance reste néanmoins essentielle. Un scanner en panne pendant plusieurs années, comme l’affirme la une consacrée à Bingerville, constitue une situation qui mérite une vérification technique et administrative précise. La date de la panne, les démarches de réparation, la responsabilité de la maintenance et les solutions de remplacement doivent être établies. L’investissement public ne produit pleinement ses effets que lorsque les équipements restent opérationnels.
ANTIRÉTROVIRAUX : UNE CONTINUITÉ THÉRAPEUTIQUE À SÉCURISER
La disponibilité des antirétroviraux constitue un enjeu majeur pour les personnes vivant avec le VIH. Toute interruption prolongée de traitement peut compromettre la prise en charge médicale. La vigilance doit donc être permanente.
Face à des inquiétudes déjà exprimées sur les stocks, Pierre Dimba avait annoncé en 2025 la mise en œuvre d’un plan de contingence après la suspension de certains financements américains. Le ministre indiquait alors que les stocks disponibles couvraient quatre mois et qu’un mécanisme de financement avait été activé pour soutenir la continuité des traitements. Cette assurance apportée à l’époque ne permet cependant pas de certifier la disponibilité des médicaments dans chaque établissement en octobre 2026.
La priorité doit désormais être de vérifier les stocks réels, d’anticiper les besoins et d’assurer une distribution régulière jusqu’aux centres de prise en charge. C’est à cette condition que les dispositifs de sécurisation pourront pleinement protéger les patients.
MÉDICAMENTS : PIERRE DIMBA ENGAGE UNE RÉFORME DE L’APPROVISIONNEMENT
La disponibilité des médicaments constitue une priorité concrète du ministre. Le 27 février 2026, Pierre Dimba s’est rendu à la Nouvelle Pharmacie de la Santé publique pour examiner les difficultés d’approvisionnement, de planification et de distribution. Il a notamment demandé l’accélération du déploiement du logiciel mSupply, destiné à améliorer le suivi des stocks et des besoins sanitaires.
Le 29 septembre, il a de nouveau réuni les responsables des CHU et de la centrale d’achats, insistant sur la nécessité de permettre aux patients d’obtenir leurs traitements dans les pharmacies hospitalières plutôt que de les contraindre à rechercher leurs médicaments à l’extérieur.
Les résultats du Programme de santé, nutrition et développement de la petite enfance font état d’une progression du taux de satisfaction des commandes de médicaments de 42 % à 72 %. Cette amélioration de trente points constitue un indicateur encourageant, sans exclure des ruptures ponctuelles dans certains établissements.
RAGE ET VACCINATION : UNE PRÉVENTION À RENFORCER
La prévention des maladies infectieuses demeure une composante essentielle de la politique sanitaire. En mai 2026, Pierre Dimba a mobilisé les élus des treize communes du district d’Abidjan autour de la vaccination et de son financement durable. Selon les chiffres présentés à cette occasion, plus de huit millions d’enfants de moins de cinq ans bénéficient gratuitement de vaccins chaque année.
Les besoins de financement de la vaccination pour la période 2026-2030 ont été estimés à plus de 259 milliards de FCFA. Cette mobilisation doit contribuer à sécuriser les programmes de prévention.
Concernant la rage, les inquiétudes évoquées dans la presse appellent une attention spécifique. La disponibilité des vaccins antirabiques, l’accès rapide à la prophylaxie après exposition et la surveillance des animaux constituent des impératifs sanitaires. Les données disponibles ne permettent cependant pas d’établir l’ampleur actuelle des cas ni la situation des stocks dans chaque district.
SANTÉ MATERNELLE ET INFANTILE : DES PROGRÈS À CONSOLIDER
La protection des femmes enceintes et des nouveau-nés occupe une place importante dans les réformes engagées. Selon le bilan gouvernemental présenté en avril 2026, la mortalité maternelle aurait diminué de 40 % depuis 2011. Cette évolution s’inscrit dans un effort de long terme auquel participent plusieurs générations de responsables sanitaires.
En 2026, le ministère a également lancé un programme de supplémentation en micronutriments multiples destiné aux femmes enceintes, intégré au suivi prénatal pour lutter contre les carences nutritionnelles et réduire certains risques pour les nouveau-nés.
La pénurie de carnets de santé mère-enfant évoquée dans la presse doit néanmoins être documentée. Ces outils sont indispensables à la continuité du suivi médical. Une vérification des approvisionnements et des difficultés locales de distribution permettrait de déterminer les mesures correctives nécessaires.
CMU, FORMATION ET LUTTE CONTRE LES MALADIES : DES RÉSULTATS CHIFFRÉS
Le bilan présenté le 30 juillet 2026 fait état de 25 millions de personnes enrôlées à la Couverture maladie universelle, avec un taux d’utilisation des prestations de 25 %. Le programme concerné a également permis de renforcer les capacités de 5 000 agents enrôleurs, 4 000 agents d’accueil et 2 000 prestataires de soins.
Sur les seize indicateurs intermédiaires évalués, douze avaient atteint leurs objectifs, trois progressaient favorablement et un demeurait en deçà des attentes.
Dans la lutte contre la tuberculose, les données officielles font état de 21 587 cas détectés en 2025. Le ministère indique également une diminution de la prévalence des formes résistantes, passée de 4,6 % en 2016 à moins de 2,4 % selon son dernier bilan.
Ces résultats montrent l’étendue des programmes sanitaires suivis par le département ministériel, tout en rappelant que les progrès doivent être appréciés dans la durée.
UN MINISTRE FACE À L’EXIGENCE DES RÉSULTATS
La politique sanitaire conduite sous la responsabilité de Pierre Dimba s’appuie sur des investissements importants, des programmes de prévention, la formation du personnel et le développement de nouvelles infrastructures. Elle doit désormais répondre à une exigence décisive : garantir le fonctionnement quotidien des établissements.
Le ministre a lui-même placé cette question au centre de ses interventions. En février 2026, lors d’une rencontre avec les équipes du CHU de Treichville, il avait rappelé que les infrastructures ne suffisent pas et que la qualité du service rendu aux populations demeure essentielle.
Cette orientation donne tout son sens aux réformes engagées. Elle impose une attention particulière à la maintenance des équipements, à la disponibilité des médicaments, à l’accueil des malades et à la continuité des traitements.
LA TRANSFORMATION SANITAIRE SE JUGERA AU CHEVET DES PATIENTS
Les chiffres attestent d’un effort public important. Les programmes annoncés dessinent une ambition nationale. Les difficultés signalées dans certains établissements rappellent cependant que la modernisation d’un système de santé reste un chantier permanent.
Pour Pierre Dimba, l’enjeu est de consolider les acquis tout en accélérant la résolution des dysfonctionnements qui affectent directement les patients.
Car un ministre de la Santé ne se juge pas uniquement au nombre d’hôpitaux construits ou aux milliards mobilisés. Il se juge aussi à sa capacité à faire fonctionner les équipements, à garantir les traitements et à améliorer durablement les conditions de prise en charge.
La santé publique ne se résume ni à ses réussites ni à ses difficultés. Elle se construit chaque jour, dans chaque établissement, autour d’une seule priorité : la vie humaine.
C’est sur cette exigence que se mesurera la portée des réformes engagées sous la conduite de Pierre N’Gou Dimba.
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