RAFFINOR-BF : pour contrôler et certifier l’or made in Faso
Après plusieurs années d’exportation de son or à l’état brut, le Burkina Faso passe à une autre étape avec la Raffinerie d’or du Burkina Faso (RAFFINOR BF). Inaugurée le 28 septembre 2026, à Ouagadougou, par le président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, ce joyau sorti de terre après un investissement de 11 milliards FCFA est doté d’une capacité théorique d’affinage de 164 tonnes par an pour une première phase, et pourra, à terme, affiner jusqu’à 515 tonnes annuellement. Avec une production d’or annuelle qui s’établissait à 90 tonnes en fin 2025, RAFFINOR est donc capable non seulement d’absorber la production nationale, mais aussi d’aller bien au-delà, comme le font quelques rares pays du continent, qui affinent l’or venu d’autres pays.
A côté de l’objectif de capter plus de la valeur dans ce secteur, de limiter la sortie des devises et de « briser un maillon de dépendance » qu’est l’affinage, l’infrastructure devrait permettre une meilleure traçabilité de l’or extrait du sol burkinabè. Portant la voix du chef de l’Etat, lors de la cérémonie d’inauguration, le ministre des Mines et de l’Energie n’a pas manqué de souligner cet aspect. « Désormais, l’or du Burkina Faso ne doit plus seulement être extrait au Burkina Faso, il doit être transformé, contrôlé, valorisé et certifié au Burkina Faso », a déclaré le ministre Yacouba Zabré Gouba. Plus loin dans son propos, le porte-parole du chef de l’Etat a poursuivi en ces termes : « L’affinage de l’or sur notre territoire permettra de créer plus de richesses, de générer des emplois qualifiés, de renforcer la traçabilité de notre production et d’améliorer le contrôle des flux financiers. Il permettra également de lutter plus efficacement contre les pratiques illicites, notamment la fraude, le commerce clandestin et le blanchiment des capitaux ».
La SONASP sur les traces de l’or burkinabè
En effet, la traçabilité et la lutte contre la fraude de l’or sont, jusque-là, parmi les défis majeurs du secteur minier burkinabè, particulièrement dans le domaine de la production semi-mécanisée. C’est d’ailleurs, en partie, ce qui a motivé la mise en place de la Société nationale des substances précieuses (SONASP). En effet, l’une des missions de cette structure nationale est de renforcer la collecte, la traçabilité, ainsi que la mobilisation de l’or, notamment issu de la production artisanale et semi-mécanisée, au profit de la Nation, tout en assainissant le secteur face au commerce informel. Et plus l’or passe par des circuits officiels, plus il devient possible d’en retracer l’origine, de contrôler les opérations commerciales et de percevoir les recettes correspondantes.
Selon des données officielles, notamment une étude de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) pour le compte du ministère burkinabè des Mines, l’opacité et les flux illicites ont fait subir au secteur extractif des pertes évaluées à plus de 2.770 milliards FCFA entre 2012 et 2021. L’équivalent de près du budget annuel du pays. Et l’artisanat minier non encadré constitue l’une des principales sources d’alimentation de ces circuits illicites, pour avoir généré des dizaines de tonnes d’or par an hors des radars fiscaux formels.
Or, la production artisanale et semi-mécanisée reste importante par rapport à la production totale. En décembre 2025, lors du Conseil d’administration du secteur ministériel (CASEM), le ministre des Mines, Yacouba Zabré Gouba, soulignait qu’à fin septembre 2025, la quantité d’or issue de la production artisanale, semi-mécanisée et du traitement des résidus miniers collectés par la SONASP s’élevait à plus de 29 tonnes d’or, pour 40 tonnes de production industrielle.
C’est dire tout le rôle de premier plan que RAFFINOR-BF pourrait jouer dans le cadre d’une meilleure traçabilité. L’efficacité pourrait aussi se mesurer à l’aune du niveau de contribution du secteur minier à l’économie nationale dans les années à venir. Déjà, le secteur minier joue une partition considérable dans la mobilisation nationale.
A fin septembre 2025, la contribution du secteur minier aux recettes de l’Etat s’est chiffrée à plus de 585 milliards FCFA, avec une part de 17,1% des industries extractives dans le Produit intérieur brut, contre 14,8% en 2024, selon des propos du ministre des Mines, lors du CASEM de décembre 2025.
La première retombée est celle de l’activité industrielle elle-même.
Le raffinage de l’or est désormais effectué au Burkina, ce qui signifie que les prestations liées à cette activité seront facturées par la société qui administre la raffinerie, la SONASP. De ce fait, des emplois sont également créés dans la production, le laboratoire, la sécurité, la maintenance, la logistique, l’administration et le contrôle qualité. Au lancement du projet déjà, on évoquait 100 emplois directs et environ 5.000 emplois indirects.
De plus, le complexe comprend, par ailleurs, une fonderie, un laboratoire d’analyse, une zone sécurisée de stockage et une unité de bijouterie. Le siège de la SONASP y est également installé. L’effet recherché est donc plus large que le seul raffinage. Il s’agit de créer progressivement un environnement économique autour du métal précieux : analyse, stockage, transformation, bijouterie, commercialisation et, à terme, développement de compétences nationales.
Pour l’État, les retombées peuvent provenir des impôts et taxes de l’ensemble des activités économiques créées autour du complexe.
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Reported by leconomistedufaso.com.
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