« Je me suis vu mourir » : Vassiriki, menacé d’expulsion, raconte son calvaire de la Côte d’Ivoire à l’Ille-et-Vilaine

« Je me suis vu mourir » : Vassiriki, menacé d’expulsion, raconte son calvaire de la Côte d’Ivoire à l’Ille-et-Vilaine

🔴 Acte II des Gilets jaunes : une nouvelle mobilisation annoncée pour ce samedi fermer Actu Bretagne Ille-et-Vilaine Saint-Aubin-du-Cormier « Je me suis vu mourir » : Vassiriki, menacé d’expulsion, raconte son calvaire de la Côte d’Ivoire à l’Ille-et-Vilaine Vassiriki, élève à Saint-Aubin-du-Cormier, se livre dans un récit poignant de ses années d’exil, de la Côte d’Ivoire à l’Ille-et-Vilaine. Il doit quitter la France d’ici un mois.

Vassiriki doit quitter le territoire français d’ici un mois. Depuis le 5 octobre, une quarantaine d’enseignants, épaulés par près de 200 étudiants, manifestent devant le lycée agricole La Lande de la Rencontre à Saint-Aubin-du-Cormier (Ille-et-Vilaine) pour leur élève et camarade de 21 ans, visé par une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Après une enfance marquée par la perte et la violence, celui qui a traversé l’Afrique à l’âge de 15 ans est aujourd’hui décrit comme « un élève exemplaire », promis à un CDI. Il se livre dans un récit poignant de ses années d’exil, de la Côte d’Ivoire à l’Ille-et-Vilaine. « En arrivant en France, j’avais bien conscience que contrairement à toute ma famille, j’avais échappé à la mort », témoigne-t-il.

Vassiriki est né en 2005 à Anyama, en périphérie d’Abidjan. En 2011, alors qu’il n’a que 6 ans, une crise post-électorale éclate en Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo, président sortant, et son adversaire politique, Alassane Ouattara, revendiquent chacun la victoire.

Cette impasse politique plonge les fidèles des deux camps dans un conflit armé : environ 3 000 personnes sont mortes et près d’un million de personnes ont dû quitter le pays en raison des violences urbaines. « C’est à ce moment-là que ma maman a disparu. J’ignore toujours si elle a été tuée ou déplacée », se rappelle le jeune homme de 21 ans, dont le père était partisan du président sortant.

Vassiriki est ensuite élevé par son père, très affaibli par la dépression due à la perte de sa femme, et par les traumatismes du fait des violences. « Il pétait des câbles et devenait fou. J’ai été livré à moi-même, je me suis débrouillé seul. J’ai vécu dans les rues d’Abidjan entre 6 et 14 ans et je mendiais pour me nourrir », raconte-t-il.

Sa tante paternelle décide de le recueillir, chez elle à Bouaké, au centre de la Côte d’Ivoire, en 2019. Mais la situation dégénère rapidement. « Son mari n’a pas aimé. Il me battait presque chaque jour. Je venais des quartiers d’Abidjan, proche des fidèles du président. À Bouaké, c’était plutôt les rebelles. Il me reprochait peut-être ça, mais je n’étais qu’un enfant », tente de comprendre le jeune homme.

Vassiriki est contraint d’errer à nouveau dans la rue, en plein conflit, dans « un climat hyper tendu ». Soucieuse de le préserver de cette violence, sa tante invente un prétexte pour l’éloigner : elle lui fait croire qu’elle l’emmène dans une école coranique au Mali pour y étudier le Coran. Sans le savoir, Vassiriki s’embarque, le 19 mars 2021, dans une longue traversée vers la France, à seulement 15 ans.

Vassiriki entame alors son périple : « On était entassé dans une camionnette pour traverser le Mali et l’Algérie et on n’arrivait pas à bouger. On dormait par terre sur des tapis. On nous a déposés en plein milieu d’un désert au Maroc, des 4×4 nous ont emmenés vers la côte, là où des convois devaient traverser la mer. »

En plein milieu de la mer Méditerranée, la situation devient catastrophique. Le bateau pneumatique se perce à l’avant, plus de 80 occupants s’entassent au milieu. « On ne pouvait plus avancer. Tout le monde était paniqué, je me suis vu mourir. Des pêcheurs nous ont vus et ont alerté la côte espagnole pour venir nous aider », explique Vassiriki.

Il est finalement secouru par la Croix-Rouge sur une île espagnole, avant d’être envoyé à Madrid. « Là-bas, j’ai rencontré des Ivoiriens qui voulaient aller en France. On ne comprenait pas un mot d’espagnol. On s’est dit que ce serait plus simple de s’intégrer puis qu’on parle la langue, alors j’ai suivi », raconte le jeune homme.

Vassiriki suit le groupe : il monte dans un bus, traverse la frontière et arrive en France le 29 octobre 2021, après sept mois de calvaire. Il a alors 16 ans. « J’avais bien conscience que contrairement à toute ma famille, j’avais échappé à la mort », reconnaît-il.

Il prend le train et se retrouve en gare de Rennes quelques jours plus tard, où les contrôleurs l’interceptent et le conduisent au commissariat. Vassiriki est pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance d’Ille-et-Vilaine pendant un mois, avant que sa minorité et son isolement ne soient pas reconnus. « On m’a fait comprendre que ma morphologie ne correspondait pas, je n’avais aucun certificat pour prouver mon âge », explique-t-il. Il est contraint de quitter le logement dans lequel il était accueilli.

Il est finalement recueilli par une famille d’accueil à Fougères, où il y passe deux ans. Scolarisé dès son arrivée, il bénéficie d’une remise à niveau en français au collège Thérèse-Pierre, avant d’intégrer le lycée agricole de Saint-Aubin-du-Cormier en septembre 2022.

Là-bas, il est décrit comme un « élève exemplaire, toujours prêt à aider ses camarades et parfaitement intégré » : Vassiriki obtient son CAP agricole jardinier paysagiste avec la mention Très Bien en 2024, après avoir obtenu la meilleure note régionale à l’épreuve orale. L’entreprise dans laquelle il a réalisé ses stages, qui peine à recruter, souhaite vivement l’embaucher en CDI. Il dépose alors un titre de séjour et une demande d’autorisation de travail en septembre 2024.

Le 31 juillet 2025, la préfecture d’Ille-et-Vilaine refuse le titre de séjour et prononce une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Il conteste : son avocate estime que « la préfecture n’a pas examiné sa qualification, son diplôme ni l’emploi proposé, que le refus constitue une erreur manifeste d’appréciation, et que l’OQTF porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée ». La cour administrative d’appel de Nantes a rejeté sa requête le 23 septembre dernier.

« Je suis tombé de haut. Malgré ces décisions, je n’ai jamais lâché. J’aurais pu me lancer dans des bêtises mais j’ai préféré continuer à travailler », confie le jeune homme.

Depuis le 5 octobre, une quarantaine d’enseignants, suivis par plusieurs centaines d’étudiants, manifestent devant son lycée et demandent un réexamen du dossier. Une pétition en ce sens a déjà recueilli près de 14 500 signatures en deux semaines. « Ce sont des personnes qui donnent de leur temps pour me soutenir. Ils ont la main sur le cœur », remercie Vassiriki.

Aujourd’hui, Vassiriki n’a plus aucune nouvelle des membres de sa famille en Côte d’Ivoire. « Ils sont tous portés disparus. J’ai essayé de les contacter, sans succès. Ma tante ne sait même pas si j’ai réussi ma traversée », confie le jeune homme. Pour le moment, Vassiriki doit quitter le territoire français d’ici un mois.

Contactée, la préfecture d’Ille-et-Vilaine n’a pas souhaité faire de commentaire sur une situation individuelle. « La situation de l’intéressé a fait l’objet d’examens rigoureux successifs par les juridictions administratives, dont les décisions s’imposent à l’administration, notamment le rejet de sa requête par la cour administrative d’appel de Nantes ».

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