Côte d’Ivoire/ Aïcha Koné et Frédéric Ehui Meiway : Ne faisons pas des artistes les victimes des divergences politiques
La culture doit rapprocher les peuples, et non les diviser. Un artiste est un ambassadeur de son pays.
À travers sa musique, ses mélodies et ses prestations, il contribue à faire connaître sa culture au-delà des frontières, à rapprocher les peuples et à promouvoir le dialogue entre les différentes communautés.
La culture ne devrait donc pas être prisonnière des clivages politiques, idéologiques ou sociaux.
Elle constitue un puissant instrument de rapprochement entre les nations, même lorsque leurs dirigeants entretiennent des relations difficiles.
Aujourd’hui, deux figures emblématiques de la musique ivoirienne, Aïcha Koné et Frédéric Ehui Meiway, font l’objet de critiques, d’injures et de propos humiliants pour avoir accepté de se produire au Burkina Faso, pays membre de l’Alliance des États du Sahel (AES). Une situation qui soulève une question essentielle, les artistes doivent-ils être tenus responsables des divergences politiques entre les gouvernements ?
Les artistes ont aussi le droit de vivre de leur art
Il convient de rappeler que les artistes sont des professionnels dont le travail mérite considération et respect. Ils vivent de leurs prestations, de leurs concerts, des festivals et des différentes activités liées à leur métier.
Avec l’évolution du secteur musical et les difficultés rencontrées par la vente des disques et d’autres produits artistiques, les prestations publiques et privées constituent pour beaucoup d’entre eux une source importante de revenus.
Ces activités leur permettent de subvenir aux besoins de leurs familles, d’entretenir leur carrière et de préserver leur autonomie financière.
Il est donc regrettable de voir certains artistes exposés aux injures et à l’humiliation simplement parce qu’ils ont accepté une invitation professionnelle dans un pays dont les autorités entretiennent des relations politiques complexes avec celles de leur propre nation.
Les artistes ne devraient pas être contraints de choisir leur destination en fonction des tensions diplomatiques du moment, dès lors que leurs activités s’inscrivent dans un cadre légal et respectueux des règles en vigueur.
La culture au-dessus des divergences politiques
L’histoire africaine nous enseigne que les divergences entre dirigeants n’ont jamais empêché les peuples de partager des liens culturels, historiques et humains.
Félix Houphouët-Boigny a lui-même connu des désaccords politiques avec certains de ses homologues africains, notamment Ahmed Sékou Touré et Léopold Sédar Senghor. Pourtant, les relations entre les peuples ne sauraient se réduire aux différends entre leurs dirigeants.
Aujourd’hui encore, malgré les divergences politiques et diplomatiques qui peuvent exister entre la Côte d’Ivoire et certains pays de la sous-région, les liens historiques, culturels, familiaux et économiques entre les populations demeurent importants.
Il serait donc regrettable que les artistes deviennent les victimes collatérales de ces tensions.
La musique, la danse et les autres formes d’expression culturelle peuvent contribuer à maintenir des passerelles entre les peuples, même lorsque le dialogue politique se fragilise.
Les artistes, des vecteurs de paix et de fraternité
Les artistes disposent d’une capacité particulière à toucher les populations, à transmettre des messages de paix et à susciter des émotions communes au-delà des frontières. Leur présence sur une scène au Burkina Faso, au Mali, au Niger ou dans tout autre pays africain peut être l’occasion de célébrer une culture partagée et de renforcer les liens entre les citoyens.
Cela ne signifie pas que les artistes doivent ignorer les réalités politiques ou les préoccupations de leurs compatriotes. Mais leur activité professionnelle et leur contribution culturelle méritent d’être distinguées des choix diplomatiques des gouvernements.
La liberté artistique et les échanges culturels constituent des leviers de rapprochement qu’il convient de préserver.
Les artistes ne sont pas nécessairement des représentants officiels de la politique étrangère de leur pays, ils sont avant tout des créateurs et des professionnels dont le travail peut favoriser le dialogue.
Savoir raison garder pour préserver le vivre-ensemble
Face aux critiques visant Aïcha Koné et Frédéric Ehui Meiway, il importe de faire preuve de discernement et de responsabilité.
Les désaccords politiques peuvent être exprimés dans le débat public, mais ils ne devraient pas servir de prétexte aux insultes, aux humiliations ou aux attaques personnelles.
La Côte d’Ivoire et les pays de l’AES partagent une histoire, des échanges humains et des liens culturels qui dépassent les conjonctures politiques. Il appartient aux citoyens, aux responsables politiques, aux acteurs culturels et aux médias de préserver ces passerelles.
Au-delà des divergences entre les dirigeants, les peuples africains sont appelés à vivre ensemble, à coopérer et à rechercher les voies d’une paix durable.
La musique ne doit pas devenir une victime de la politique.
Elle doit rester un instrument de dialogue, de fraternité et de rapprochement entre les peuples.
Savoir raison garder, c’est comprendre que l’on peut défendre ses convictions politiques sans humilier ceux qui exercent librement leur métier.
C’est aussi reconnaître que les artistes, par leur talent et leur rayonnement, peuvent contribuer à bâtir des ponts là où les tensions menacent de dresser des murs.
Adou Évariste Journaliste et Analyste Politique
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Reported by lessentinelles.info.
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