Aéroport de Riyad frappé : Washington laisse l’Arabie saoudite sans réponse

Aéroport de Riyad frappé : Washington laisse l’Arabie saoudite sans réponse

Posted By: Ibrahim El Hadj 13 octobre 2026

L’attaque menée samedi par les forces houthies contre l’aéroport de Riyad n’est pas qu’un incident sécuritaire de plus dans un conflit régional qui dure depuis dix ans. Elle survient à quelques semaines du pèlerinage à La Mecque, moment où le royaume saoudien accueille plusieurs millions de fidèles et mobilise l’essentiel de son appareil logistique et sécuritaire. Le bilan évoqué, au moins treize morts et plus de trois cents blessés, confirme que les capacités offensives des insurgés yéménites, qui tiennent Sanaa depuis 2014, ont franchi un nouveau palier qualitatif.

Riyad n’est pas une cible nouvelle. Depuis 2017, l’aéroport international King Khalid, les installations pétrolières d’Aramco à Abqaiq et Khurais en septembre 2019, puis plusieurs sites civils ont été visés par des combinaisons de drones et de missiles balistiques tirés depuis le nord du Yémen. L’épisode de 2019, qui avait temporairement amputé la production saoudienne de 5,7 millions de barils par jour, avait déjà posé la question de l’efficacité réelle des batteries Patriot déployées autour des infrastructures critiques. Les autorités saoudiennes ont, à chaque fois, tenté de contenir la communication autour des dommages, préférant minimiser publiquement l’ampleur des atteintes à des symboles de souveraineté.

La proximité du Hajj change pourtant la donne. Le pèlerinage représente, en année ordinaire, plus de 12 milliards de dollars de retombées directes pour l’économie saoudienne, et l’aéroport de Djeddah comme celui de Riyad en constituent les points d’entrée majeurs. Toute perception d’insécurité aérienne pèse mécaniquement sur les primes d’assurance, le trafic civil et la stratégie Vision 2030, qui mise sur le tourisme religieux et de loisirs pour diversifier une rente d’hydrocarbures encore dominante.

Face à cette séquence, le silence opérationnel de l’administration américaine détonne. Donald Trump a publiquement qualifié l’attaque d’« inacceptables », sans qu’aucune mesure concrète, qu’il s’agisse d’un renforcement de postures navales dans le golfe Persique ou d’une livraison accélérée d’intercepteurs, n’ait suivi la demande d’assistance formulée par Riyad. Cette dissonance entre verbe présidentiel et absence d’action rappelle le malaise apparu après 2019, lorsque le président d’alors, déjà Donald Trump, avait renvoyé la riposte aux Saoudiens eux-mêmes en rappelant que le royaume disposait d’un budget militaire parmi les plus élevés au monde, estimé à près de 75 milliards de dollars en 2023 selon les données publiques du secteur.

Le contraste avec les engagements américains ailleurs est frappant. En mer Rouge, l’opération Prosperity Guardian, lancée fin 2023 pour protéger le trafic commercial des mêmes Houthis, a mobilisé un dispositif naval substantiel, dont les destroyers de la Ve Flotte basée à Bahreïn. Sur le territoire saoudien lui-même, la défense antimissile repose sur un empilement de systèmes Patriot PAC-3 et, depuis 2022, de batteries THAAD acquises pour un montant supérieur à 15 milliards de dollars. Chaque interception manquée fragilise la crédibilité commerciale de ces matériels, dont Riyad est le premier client export.

L’Organisation des Nations unies a dénoncé une « grave escalade », vocabulaire désormais familier mais qui souligne l’absence de mécanisme régional capable d’enrayer la spirale. La trêve conclue sous médiation omanaise en avril 2022, puis prolongée de façon informelle, n’a jamais abouti à un accord politique stable, et les contacts entre Riyad et Téhéran, rétablis en mars 2023 sous les auspices de Pékin, n’ont pas suffi à neutraliser le canal yéménite.

Dans ce contexte, les Émirats arabes unis ont accéléré, depuis l’attaque d’Abou Dhabi en janvier 2022, l’achat du système sud-coréen Cheongung-II et l’approfondissement du dialogue de défense avec la France et Israël. L’Égypte et la Jordanie, de leur côté, observent prudemment, soucieuses de ne pas être entraînées dans un affrontement direct. Reste que l’épisode de Riyad illustre une tendance de fond : les monarchies du Golfe diversifient leurs partenaires sécuritaires parce qu’elles ne tiennent plus pour acquise la disponibilité politique américaine. Pour l’Arabie saoudite, le prix de cette autonomisation forcée s’annonce élevé, tant financièrement qu’en termes de recomposition diplomatique.

L’UE lance une mission de soutien sécuritaire au Liban · L’Autorité palestinienne repousse ses élections générales à septembre 2027 · Meta efface le compte Instagram du reporter Anas al-Sharif

Chargement… Similaire Actualité africaine L’Algérie et l’Arabie saoudite rapprochent leurs agendas énergétiques Baux d’État à Dakar : l’Assemblée ouvre le dossier du patrimoine locatif Aéroport de Riyad frappé : Washington laisse l’Arabie saoudite sans réponse Gaz domestique : le Sénégal mobilise 348 milliards FCFA à l’AEW 2026 Saddam Haftar met la main sur l’assemblée de Benghazi SHARE TWEET PIN SHARE About the Author Ibrahim El Hadj Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties. Related Articles Culture

📰 Original Source Attribution

Reported by africtelegraph.com.

Read Original Report at africtelegraph.com ↗
Share: WhatsApp WhatsApp
💬

Comments (0)

Join the Conversation

No comments yet. Be the first to share your opinion!

You may like