Côte d’Ivoire : Pleurer les morts, protéger les vivants
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La mort rassemble. Mais les causes de la mort devraient interpeller chacun, souligne Rémy Montini Dago, Secrétaire général national adjoint de l’Union Fraternelle du Clergé Ivoirien (UFRACI).
En Côte d’Ivoire, les Ivoiriens savent admirablement se mobiliser lorsqu’un des leurs disparaît. Les condoléances affluent, les veillées s’organisent, les prières montent vers le ciel, les cortèges funèbres traversent villes et villages. Familles, amis, communautés, autorités et connaissances se retrouvent autour du disparu.
Nous savons honorer nos morts. Nous savons célébrer leur mémoire. Mais savons-nous suffisamment interroger les circonstances qui ont conduit à leur disparition ?
La mort est une réalité de la condition humaine. Elle est, tôt ou tard, le terme de toute existence. Mais toutes les morts ne se ressemblent pas. Certaines surviennent au terme d’une longue vie, après un parcours accompli. D’autres frappent brutalement, parfois dans des circonstances qui auraient pu être évitées.
Sur nos routes, l’imprudence, l’excès de vitesse, la fatigue, l’alcool au volant, le téléphone au volant ou encore le non-respect des règles de circulation continuent de mettre des vies en péril. Derrière chaque accident, il y a pourtant un visage : un père, une mère, un enfant, un frère, une sœur, un ami. Il y a des projets interrompus, des familles bouleversées et des communautés plongées dans le deuil.
Dans les établissements sanitaires également, certaines morts interrogent. Malades arrivés trop tard, difficultés d’accès aux soins, insuffisance de moyens, absence de prise en charge rapide ou situations médicales devenues irréversibles : chaque décès devrait nous conduire à réfléchir à ce qui peut être amélioré pour sauver davantage de vies.
Il y a aussi les victimes de violences et de tueries volontaires. Des vies sont brutalement arrachées par la haine, la colère, les conflits, la criminalité ou l’intolérance.
Et puis il y a ces morts silencieuses, souvent entourées de questions et de douleur : les suicides. Derrière ces drames peuvent se trouver une souffrance profonde, une solitude, un sentiment d’abandon ou une détresse que personne n’a su entendre à temps.
Face à toutes ces disparitions, une question devrait continuer de résonner même après les funérailles :
Car il ne suffit pas de pleurer les morts. Il faut parfois apprendre de leur mort pour sauver les vivants.
Chaque accident devrait nous conduire à renforcer la prévention et à promouvoir une véritable discipline sur les routes.
Chaque décès potentiellement évitable dans une structure sanitaire devrait susciter une réflexion sérieuse sur l’organisation des soins, les moyens disponibles et la qualité de la prise en charge.
Chaque acte de violence devrait pousser la société à rechercher ses causes profondes et à agir sur ses racines.
Chaque suicide devrait nous rappeler l’importance de l’écoute, de la présence, de la solidarité et de l’accompagnement des personnes en situation de détresse.
Les Ivoiriens possèdent une grande culture de la solidarité dans les moments de deuil. Cette solidarité doit désormais devenir également une culture de la prévention, de la vigilance et de la protection de la vie.
« Que pouvons-nous faire pour que d’autres ne meurent pas de la même manière ? ».
Célébrer les morts est un devoir de mémoire.
Mais chercher à comprendre les causes de leur mort est un devoir de responsabilité.
La mort est parfois inévitable. Mais lorsqu’une mort aurait pu être évitée, elle ne devrait jamais être considérée comme une simple fatalité.
Il est temps de sauver la vie lorsqu’elle est en danger. Il est temps que chacun se considère comme un gardien de la vie de son prochain.
Protéger la vie, c’est lutter contre les accidents évitables. C’est prévenir les violences. C’est améliorer la prise en charge des malades. C’est écouter celui qui souffre en silence. C’est tendre la main à celui qui perd espoir. C’est enfin promouvoir une véritable culture de la responsabilité.
Une société qui honore ses morts doit aussi tout mettre en œuvre pour protéger ses vivants.
Car la meilleure manière de rendre hommage à ceux qui sont partis trop tôt n’est pas seulement de pleurer leur absence.
C’est de faire en sorte que leur mort serve à préserver la vie de ceux qui restent.
Reported by pressivoire.com.
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