Côte d’Ivoire/ Libre-Opinion : Peut-on accorder le pardon à celui qui ne l’a jamais demandé?

Côte d’Ivoire/ Libre-Opinion : Peut-on accorder le pardon à celui qui ne l’a jamais demandé?

Simone Gbagbo était en France, la semaine dernière. En plus d’avoir rendu hommage à la diaspora ivoirienne et africaine dont les marches et manifestations ont contribué à leur libération, elle et Laurent, elle a accordé des interviews. Au cours de ces interviews, elle a dit des choses justes et courageuses comme Alassane Ouattara n’a pas gagné l’élection présidentielle de 2010, c’est la France et Ouattara qui sont à l’origine de la crise ivoirienne ou bien le combat, ce n’est ni Gbagbo contre Simone ni Simone contre Gbagbo mais le combat pour la souveraineté. Il y a un point sur lequel je suis cependant en désaccord avec elle. Marc Perelman de France 24 voulait savoir si elle pardonnait à la France et Simone avait donné cette réponse : « Si j’ai pardonné à Alassane Ouattara, pourquoi ne pardonnerais-je pas à la France ? » Quelle hauteur d’esprit ou quelle magnanimité ! diront certains. Pour moi, c’est une bêtise. Pourquoi ?

Premièrement, parce que le coupable qui est la France n’a jamais reconnu sa faute ni demandé pardon pour elle. Simone qui fut catholique et jéciste devrait pourtant savoir qu’au confessionnal le prêtre ne donne l’absolution et la pénitence (ce qu’il faut faire pour réparer la faute commise) qu’après que le pécheur a regretté et avoué sa faute. Deuxièmement, la prière du « Notre père » parle non pas de crimes mais d’offenses : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »

Que ce soit en 2002, en 2004 et en 2011, ce sont des crimes contre l’humanité que la France et son valet ont perpétrés en Côte d’Ivoire. L’embargo sur les médicaments, la fermeture des banques, le bombardement des camps militaires et de la résidence présidentielle ont provoqué la mort de milliers de personnes. D’autres ont perdu la vie en exil. Ce ne sont pas des offenses mais des crimes qui ne méritent pas d’être passés par pertes et profits. Pardonner à la France pour ces crimes alors qu’elle n’a ni fait amende honorable ni procédé à des réparations, c’est comme si ceux qui sont morts étaient morts pour rien. « Je déteste les victimes quand elles respectent leurs bourreaux », disait Jean-Paul Sartre dans sa pièce de théâtre « Les Séquestrés d’Altona » (1959). La France a-t-elle pardonné aux dirigeants de Vichy, collabos de l’Allemagne nazie, à Maurice Papon, Klaus Barbie et Paul Touvier ?

Les chrétiens devraient se garder de se montrer plus miséricordieux que Jésus. Giflé par un garde qui estimait qu’il avait mal répondu au grand prêtre Anne, celui-ci ne tendit pas l’autre joue mais déclara: « Si j’ai mal parlé, explique-moi ce que j’ai dit de mal. Et si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? (Jean 18, 23)

Accorder le pardon au bourreau qui ne l’a jamais demandé et qui continue de vous piétiner me semble non seulement indigne mais offensant pour nos frères injustement et précocement arrachés à la vie.

Ce que la France a fait dans notre pays entre 2002 et 2011 fait partie de ce que Vladimir Jankélévitch nomme l’impardonnable. Et pardonner l’impardonnable, c’est trahir la mémoire de ceux qui ont souffert.

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