En 1869, ils ont amené 100 moutons sur une île pour les élever et les ont laissés à l’abandon pendant des années : près d’un siècle plus tard, ils ont découvert un spectacle auquel ils ne s’attendaient pas
Introduits pour l’élevage sur une île volcanique du Pacifique mexicain, une centaine de moutons ont proliféré sans contrôle pendant près d’un siècle et ravagé un écosystème unique.
Une centaine de moutons introduits en 1869 sur l’île Socorro, au large du Mexique, ont proliféré au point de ravager l’écosystème local pendant plus d’un siècle. Sans prédateur naturel, la population a atteint environ 5 000 têtes vers 1960. L’île volcanique de 13 200 hectares, située dans l’archipel de Revillagigedo, a perdu 30 % de son couvert végétal. Il a fallu trois ans pour éliminer ces moutons retournés à l’état sauvage.
À l’origine, les moutons devaient servir à nourrir les quelques habitants de l’île. Personne ne les a surveillés. Sans loup, sans coyote ni aucun carnivore capable de réguler leur nombre, les troupeaux ont grossi librement génération après génération. Vers 1960, les chercheurs estimaient la population à environ 5 000 individus.
L’île Socorro n’était pas équipée pour absorber une telle pression animale. Sa végétation endémique avait évolué pendant des millénaires sans herbivore de cette taille. Les arbustes, les fougères et les jeunes pousses n’avaient développé aucune défense contre le broutage intensif. Cette espèce invasive se nourrissait de tout ce qui poussait à sa portée.
Le surpâturage a éliminé le couvert végétal sur de vastes étendues. Les sabots compactaient le sol volcanique, empêchant l’eau de s’infiltrer. Lorsque les pluies tropicales frappaient l’île, le ruissellement emportait les particules de terre sans que les racines puissent les retenir. D’après les résultats publiés dans la revue Forests en avril 2016, plus de 2 000 hectares de végétation indigène ont disparu.
Les conséquences ne se limitaient pas aux plantes. La tourterelle de Socorro (Zenaida graysoni) et la chevêchette de Socorro ont toutes deux disparu à l’état sauvage. Parallèlement, des chats retournés à l’état sauvage chassaient oiseaux et lézards endémiques. La combinaison du surpâturage et de la prédation féline a fragilisé des espèces qui n’existaient nulle part ailleurs sur la planète. Le puffin de Townsend, un oiseau marin nicheur, reste classé en danger critique.
Entre 2009 et 2012, le Grupo de Ecología y Conservación de Islas a mené une campagne d’éradication sur l’ensemble de l’île. Au total, 1 762 moutons ont été abattus. La première phase a mobilisé des hélicoptères. Ils ont abattu 1 257 animaux. Les équipes terrestres ont ensuite pris le relais pour traquer les groupes restants dans les zones accidentées.
Pour localiser les derniers individus, les biologistes ont utilisé des moutons « Judas » équipés de radio-colliers. Relâchés sur l’île, ces animaux rejoignaient instinctivement les groupes encore cachés et guidaient les équipes vers eux. Des chiens de détection ont aidé à repérer les derniers. En juin 2014, l’île a été officiellement déclarée libre de moutons sauvages.
La végétation a commencé à reprendre dès la fin des opérations. Les images satellites comparant 2008 et 2013 montrent une récupération de 1 452 hectares, soit 11 % de la surface totale. Les sols ont également retrouvé de meilleures concentrations en azote, en carbone organique et en phosphore. Le retour des plantes ne garantit pas celui de l’écosystème originel, mais l’île Socorro a montré que la suppression d’une espèce invasive pouvait lancer une régénération visible en quelques années.
Reported by science-et-vie.com.
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