RHDP : À quoi sert de travailler si le mérite ne compte plus ?
En politique, les victoires ont des visages connus, mais elles reposent sur des milliers de mains anonymes. On célèbre les élus et ceux qui arrivent au sommet. Pourtant, derrière chaque conquête électorale se trouvent des militants qui ont donné leur temps, leur énergie et parfois plusieurs années de leur vie.
Au RHDP, une question mérite désormais d’être posée : que devient le travail politique lorsque vient le temps de la reconnaissance ? Le militantisme ne saurait être assimilé à un contrat commercial. On ne rejoint pas normalement un parti avec la garantie d’obtenir un emploi, une nomination ou un avantage matériel. L’engagement repose d’abord sur des convictions et l’adhésion à un projet. Mais un parti peut-il durablement demander mobilisation, discipline, fidélité et résultats sans disposer de mécanismes transparents permettant de reconnaître le travail accompli ?
Le RHDP revendique le travail parmi ses valeurs. Dès lors, la reconnaissance du mérite ne devrait pas apparaître comme une faveur accordée à quelques-uns, mais comme une question de fonctionnement interne, de justice politique et de renouvellement.
La frontière doit cependant rester claire. Servir un parti ne crée pas automatiquement un droit sur l’État. Une fonction publique ne devrait pas constituer le paiement d’une fidélité partisane. La République obéit à ses propres exigences de compétence, d’équité et de mérite. Le travail politique peut conduire à davantage de responsabilités politiques. Il ne crée pas automatiquement un droit sur l’État.
À l’intérieur du parti, en revanche, le mérite militant peut être évalué. Qui implante réellement le RHDP sur le terrain ? Qui recrute et forme ? Qui demeure présent lorsque les élections sont terminées ? Qui produit des idées, rassemble et obtient des résultats ? Qui reste constant lorsque les circonstances deviennent difficiles ?
Le danger pour une grande formation politique n’est pas seulement de perdre une élection. C’est aussi de laisser s’installer chez ses militants le sentiment que le travail ne mène nulle part tandis que les relations ouvrent toutes les portes. Qu’il corresponde ou non à chaque situation individuelle, un tel sentiment peut progressivement fragiliser la confiance interne.
À quoi sert de demander aux militants de travailler, de mobiliser, de patienter et de rester fidèles si, au moment de confier les responsabilités politiques, le mérite du terrain ne pèse pas suffisamment dans la balance ?
Reconnaître ne signifie pas nécessairement nommer. La reconnaissance peut prendre la forme de responsabilités dans le parti, de formation, d’investitures reposant sur des critères connus, d’intégration aux instances de réflexion ou de véritables parcours permettant aux militants compétents de progresser. La récompense politique devient alors autre chose qu’un partage de postes. Elle devient un instrument de renouvellement et de transmission.
Lorsqu’un parti demande le travail mais ne sait plus reconnaître ceux qui travaillent, il produit de la frustration. Lorsqu’il récompense sans tenir compte du travail, il nourrit le soupçon de favoritisme. Entre les deux existe une voie plus exigeante, celle du mérite, de la compétence et de règles connues de tous.
Le militantisme ne doit pas devenir un commerce. Mais le sacrifice militant ne doit pas davantage devenir une mémoire que l’on invoque uniquement à l’approche des élections.
Après des années de conquête et d’exercice du pouvoir, cette question devient aussi celle de la transmission. Une grande formation politique ne prépare pas son avenir uniquement en gagnant les élections. Elle le prépare en donnant à ceux qui travaillent aujourd’hui la possibilité d’accéder demain aux responsabilités selon des règles transparentes.
Au fond, la question posée au RHDP est simple : à quoi sert de demander aux militants de travailler, de mobiliser, de patienter et de rester fidèles si, au moment de confier les responsabilités politiques, le mérite du terrain ne pèse pas suffisamment dans la balance ?
Le travail politique ne garantit pas nécessairement une récompense. Mais il devrait au moins garantir une chose essentielle : la reconnaissance. Et lorsque vient le temps de préparer l’avenir, le mérite devrait pouvoir parler aussi fort que la proximité.
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