Côte d’Ivoire/ Circonscription 074 / Zanzan : La revanche par les actes : Adou Koffi Théodore, le candidat malheureux que le terrain a sacré
Battus aux législatives 2025, beaucoup disparaissent. Lui est resté. PDG de Grâce Elohiim, fils de Laoudi-Bâ né à Bondoukou, Adou Koffi Théodore vient de décrocher le Prix du Meilleur Acteur de Développement Durable de la circonscription 074. Portrait d’un homme qui a transformé l’échec des urnes en victoire populaire.
De Bondoukou à Yézimala, en passant par Laoudi-Bâ, Taoudi et Sapli-Sépingo, son nom revient avec insistance. Pas celui d’un député en exercice. Celui d’un perdant. Un perdant qui a gagné autrement.
Le 15 décembre 2025, il parcourait 77 villages avec la foi du débutant. Le soir des résultats, la douche froide. Aux dernières législatives dans la circonscription 074, Adou Koffi Théodore n’est pas élu. Un an plus tard, le même homme est porté en triomphe, lauréat du Prix du Meilleur Acteur de Développement Durable de sa circonscription. L’histoire aurait pu s’arrêter à l’échec. Elle commence là.
Qui est Adou Koffi Théodore ? L’homme se présente simplement : fils et cadre de Laoudi-Bâ, précisément d’Irékaé-Walogo, PDG de Grâce Elohiim, entreprise de distribution du ciment SIMAF.
Grâce Elohiim. La Grâce de Dieu. Un nom qui n’est pas un hasard. « Nous avons tellement souffert, livrés à nous-mêmes. La seule personne qui nous a soutenus pour être là où nous sommes, c’est Dieu. Le Dieu qui élève de la poussière à la gloire », confie-t-il. Son lien avec la 074 est viscéral. « Du temps où il n’y avait pas de maternité dans nos sous-préfectures, ma mère a dû accoucher à Bondoukou. Je suis né à Bondoukou. Mais comme tout bon fils, il ne faut pas oublier d’où l’on vient. Quand Dieu te bénit, il faut te retourner sur les pas de tes ancêtres. »
Pourquoi s’être lancé ? Pour lui, la candidature n’était pas une ambition personnelle, mais une demande collective. « Vu le manque de leaders engagés, vu notre zone abandonnée à elle-même, la jeunesse, les femmes, la population de la 074 nous ont demandé d’être leur porte-parole. »
Le soir des résultats, la désillusion est totale. « Comme tout être humain, j’ai été déçu. Après tant d’efforts, on reprend tout à zéro. » Que lui a-t-il manqué ? Ni les moyens, ni le programme, selon lui. L’expérience. « Dieu a dit : cette année, ce n’est pas votre année. Mais avec le travail et la foi, les autres années seront les bonnes. »
Et surtout, il a tiré une leçon brutale du Zanzan : « La population ne regarde pas un programme, elle ne regarde pas le futur. Elle regarde le présent. Les cadeaux du présent, les biais du présent ont amené notre région à être en retard. La population aime choisir la facilité. Voilà pourquoi notre région est restée en retard. »
Là où d’autres auraient tourné la page, il s’accroche. « Nous ne sommes pas venus pour nous remplir les poches. Nous sommes venus apporter une réponse. Reculer, c’est abandonner nos parents dans la souffrance. »
*Le virage : quand le ciment construit plus que des murs*
C’est le tournant. Adou Koffi Théodore ne se reconvertit pas, il revient à son projet initial : le développement.
À travers Grâce Elohiim, le bilan qu’il dresse est concret, presque comptable, loin des promesses électorales.
À Laoudi-Bâ, il achève le centre de santé et y installe un forage tout équipé avec château d’eau, là où le chef-lieu n’avait pas d’eau potable. Il équipe les centres de santé de Téphorodoua et de Yézimala en kits médicaux et imprimantes. Il construit le palais de la chefferie de Laoudi-Bâ.
Dans les villages, il distribue des tables-bancs pour que les élèves ne s’asseyent plus à même le sol, des kits scolaires pour les démunis, un appui aux cantines. Pour les femmes, des machines et la création de coopératives dotées en ciment et en moyens pour faire reculer la pauvreté. Pour les jeunes, des tournois de cohésion sociale. Et même des engins pour reprofiler les routes impraticables. « Un centre de santé, combien ça coûte ? Un forage, combien ça coûte ? Quand Dieu te donne, il faut partager. Ce n’est pas parce que nous en avons assez, mais nous connaissons la faveur du partage », martèle-t-il.
*Le prix : pas une revanche, une reconnaissance*
Et puis, la consécration. Le Prix du Meilleur Acteur de Développement Durable de la circonscription 074.
« J’ai ressenti un soulagement. Enfin, nos efforts sont reconnus. Nos semences dans l’homme se sont révélées au grand jour », avoue-t-il, ému. Un prix qu’il dédie à Jésus-Christ, à son épouse dans l’ombre, à ses enfants, à son équipe et à toute la jeunesse de la 074.
Est-ce une revanche sur les urnes ? Sa réponse est claire : « Non. C’est la réponse à un travail ardent. La seule revanche, c’est de travailler encore plus là où il y a le manque. »
À ceux qui parlent d’un « petit prix local pour se consoler », il répond avec une métaphore : « Il faut être inscrit au CP1 avant d’atteindre le CP2. Même au football, il faut jouer dans le quartier avant le championnat local, puis l’Europe. Ce prix vient nous révéler aux yeux du monde que dans le Zanzan, dans le Gontougo, il y a une pépite. »
Aujourd’hui, entre le titre de PDG et celui de lauréat, il choisit l’humilité. « Les titres ne servent à rien sans le travail. »
Son plus grand chantier inachevé ? Il l’a déjà fixé pour 2027 : l’éducation et la santé. « Il y a des écoles où les élèves sont assis par terre, où les salles sont inondées quand il pleut. Il y a des centres de santé sans médicaments. On ne peut pas aller à l’école si on est malade, et on ne peut pas avoir de médecins si on ne va pas à l’école. Ce sont deux pieds qui marchent ensemble. » Et la politique dans tout ça ? Le retour est-il prévu ? L’homme botte en touche avec habileté : « Nous ne sommes pas politiciens, nous sommes des acteurs de développement. Mais pour moi, la vraie politique, c’est d’être à l’écoute des cris du cœur de la jeunesse. Si c’est ça la politique, je dirais oui. »
À l’endroit du député actuel, aucun tacle. Une main tendue : « C’est main dans la main que notre circonscription sortira de la pauvreté. Je reste disponible jour et nuit. Après les élections, on met l’échec derrière. Nous ne sommes pas des ennemis, nous avons juste des programmes différents. »
Son dernier mot est pour la jeunesse de Bondoukou, Laoudi-Bâ, Taoudi, Sapli-Sépingo et Yézimala, celle qui l’a vu perdre puis gagner autrement : « Ne baissez pas les bras. L’État ne peut pas embaucher tout le monde, mais nous avons un programme pour que chacun soit autosuffisant. Abandonnez tout ce qui est négatif. »
De l’élection au prix, Adou Koffi Théodore résume lui-même sa métamorphose : « Une étoile a vu le jour. Dieu a décidé autrement dans les urnes, mais il nous a récompensés. Nous n’allons pas nous arrêter. Nous allons nous battre pour être au sommet de la nation. Pourquoi pas le prix national demain ? »
Rosemonde Desouza correspondante régionale
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Reported by Lessentinelles.
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