Après la crise, les défis

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Africa Renewal (United Nations)

21 May 2011


Entretien avec Youssoufou Bamba, Ambassadeur de la Côte d’Ivoire à l’ONU

Pour Youssoufou Bamba, après avoir provoqué la mort de centaines de civils et refusé de quitter ses fonctions de manière pacifique au lendemain de la victoire électorale de M. Ouattara, M. Gbagbo aura des comptes à rendre. “Il sera traité comme un prisonnier, car on lui a donné l’occasion de partir en gardant, si vous voulez, une certaine dignité (…) Il doit assumer toutes les conséquences de son obstination (…) Il est responsable de trop de crimes. Il comparaîtra certainement devant le Tribunal pénal international”.

Youssoufou Bamba qui a par le passé occupé les fonctions d’ambassadeur de la Côte d’Ivoire en Autriche, au Royaume-Uni et aux États-Unis, a rejeté les accusations d’agression lancée contre la France, l’ancienne puissance coloniale. Paris maintient des soldats à Abidjan et possède des intérêts financiers considérables dans le pays. Des soldats français et de l’ONU ont pris pour cible l’artillerie lourde de M. Gbagbo au cours de la bataille d’Abidjan. Des unités blindées françaises ont également participé aux combats qui ont abouti à l’arrestation de M. Gbagbo. “ Je n’ai pas envie de me prêter au jeu de l’hypocrisie avec les médias internationaux’’, s’est insurgé M. Bamba en faisant allusion aux articles de presse qui ont fait état de la participation des soldats français aux combats aux côtés des troupes fidèles à M. Ouattara. “Il faut être clair….les Français sont intervenus en vertu du Chapitre Sept de la Charte des Nations Unies et conformément aux dispositions de la Résolution 1975. C’est ce qui doit être retenu et alimenter le débat”.

L’Ambassadeur Bamba a contesté les récits de massacres dans le nord et l’ouest du pays signalés par l’ONU, le Comité international de la Croix-Rouge et l’association caritative Caritas après la prise de ces régions par les troupes fidèles à M. Ouattara lors de leur offensive militaire vers Abidjan. “Les récits de massacres nous semblent très suspects car ils ont pour source Caritas. On sait que Caritas est complètement manipulé par M. Gbagbo. Tout le monde sait qu’il y a un prêtre connu de tous derrière ça (…) Il est profondément anti-Ouattara”. S’il y a eu des atrocités, a-t-il ajouté, “les individus impliqués n’ont rien à voir avec les FRCI (Forces républicaines de Côte d’Ivoire, qui ont combattu pour M. Ouattara). Il faut être clair sur ce point. Nous nions toute participation des forces armées [FRCI] à de telles actions ”.

L’ambassadeur a reconnu que la persistance des tensions entre le Nord à majorité musulmane et favorable à M. Ouattara et le Sud chrétien et pro-Gbagbo constitue une préoccupation de taille. “Nous savons que la tâche est immense. Même en pleins combats, on avait ordonné à nos troupes de protéger les civils, de respecter les droits de l’homme et, par-dessus tout, de traiter avec ménagement nos frères d’armes (les hommes de Gbagbo). Nous sommes un même peuple”.

“Mais avant tout”, souligne l’Ambassadeur Bamba, “ le gouvernement mis en place sera un gouvernement ouvert, représentatif de toutes les forces politiques et mouvances de la société civile (…) Tout le monde devrait s’y joindre car la tâche de reconstruction est immense.”

Les contentieux fonciers, source de violence communautaire dans l’ouest du pays, “ devraient  être considérés à la lumière de la réalité d’aujourd’hui”, souligne l’Ambassadeur. “Imaginez les jeunes Burkinabè qui sont là depuis trois ou quatre générations. Ils sont nés en Côte d’Ivoire et n’ont rien à voir avec le Burkina Faso, mais sont de culture burkinabè. Si le père achète une terre et meurt, il est tout à fait normal que son fils en hérite, mais la loi actuelle ne le permet pas car le gamin n’est pas Ivoirien…Ce n’est pas juste”.

L’Ambassadeur Bamba a également lancé un appel pour une augmentation de l’aide humanitaire aux victimes de la violence. Les gouvernements donateurs, a-t-il dit, “devront se mobiliser comme ils l’ont fait pour soutenir la démocratie et la volonté du peuple de la Côte d’Ivoire.” L’ONU estime à un million le nombre d’Ivoiriens qui ont fui les combats à Abidjan uniquement, rejoignant des centaines de milliers de leurs compatriotes comme réfugiés au Libéria voisin et dans d’autres pays, ou dans des camps de fortune pour personnes déplacées à l’intérieur du pays.

L’ambassadeur a toutefois eu une critique à formuler à la communauté internationale. L’ampleur des souffrances et de la destruction, a-t-il affirmé, aurait été moindre si le reste du monde avait agi plus tôt. “Il est malheureux que la communauté internationale ne connaisse pas mieux M. Gbagbo. Ils l’ont traité comme s’il s’agissait d’un homme d’État normal (…) Mais parce qu’elle ne connaissait pas M. Gbagbo, la communauté internationale a été en quelque sorte complice de ces massacres ”, en essayant pendant si longtemps de négocier son départ.

La destitution de M. Gbagbo “aurait dû se produire il y a longtemps”, a dit en conclusion M. Bamba. “ Cela aurait épargné de nombreuses vies. Des tas de gens seraient encore en vie pour célébrer l’émergence de la démocratie en Côte d’Ivoire”.

Note aux éditeurs : l’arrestation le 11 avril dernier de l’ancien Président ivoirien Laurent Gbagbo à l’issue d’une semaine d’affrontements sanglants au cœur d’Abidjan a été accueillie avec jubilation par les partisans d’Alassane Ouattara, le Président reconnu par la communauté internationale. Afrique Renouveau s’est entretenu avec Youssoufou Bamba, l’ambassadeur ivoirien à l’ONU, peu avant la fin des combats. Dans cet entretien, l’ambassadeur ivoirien analyse les évènements récents et évoque les défis immédiats.

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